
Le 17 avril 2008, nous partons a 4 pour un trek de 2 jours dans les villages Jalq'a de la region de Sucre.
Nos sacs sur le dos, on saute dans le mini bus qui doit nous emmener jusqu'au terminal des camions ou, etrangement, nous sommes censes prendre le bus...
Bien sur on finit dans un camion ! On aurait du s'en douter :P
On se retouve a 80 dans la meme benne, au milieu des travailleurs boliviens partis aux champs ou revenant de Sucre ou ils ont vendu leurs recoltes. Assis par terre, sur des pneus ou sur les sacs de tissus barioles, debouts accroches aux montants metalliques surplombant le camion, poses en haut des rebords de bois fragiles et grincants au moindre mouvement... les joues gonflees de feuilles de coca, les levres teintees de noir, le sourire edente, les pieds et les mains abimes par le travail de la terre. Le camion n'est toujours pas parti, apres 2h d'attente compresses a l'interieur. Il faut dire qu'ici un camion ne part jamais avant d'etre plein ! Et pourtant il nous parait deja pret a exploser... Arrivent 2 boucs et son proprietaire, la porte se ferme enfin sur le troupeau humain et animal.
Nous prenons tous ensemble la route vers Chaunaca... Elle se transforme rapidement en chemin de terre cahotique, un chemin eboule ou il est quasi impossible de se croiser au risque de glisser directement dans le vide qui nous suit comme l'ombre des tenebres. Le chemin saigne la falaise en ondulant dangereusement. Assis, nous ne voyons rien et imaginons tout. A chaque secousse les visages se ferment, les mains se crispent et les signes de croix s'enchainent.
Marcelina, c'est la señora au gilet rouge appuyee contre le bord ; une jupe vieux rose plissee lui enserre la taille, dessous les chaussettes de laine d'alpaca sont remontees jusqu'aux genoux, 2 longues tresses noires devalent son dos et son chapeau melon marron a peine depose sur le sommet de son crane semble pret a s’envoler. Elle nous raconte sa vie quotidienne entre les champs et la ville, sa vie parfois resignee dans ce camion roulant chaque jour au bord du ravin qui, a la moindre defaillance, vient servir de derniere demeure a tous ces hommes, femmes et enfants entasses les uns sur les autres.
Dans notre boite de sardines, les bebes ne pleurent pas, les enfant ne rient pas, les jeunes garcons au dessus se moquent un peu de notre inconfort de touristes, les vieux, plus sages et curieux, assis sur leur pneu nous posent des questions en castillan ou quechua. A cote un homme se voute, s'accroupit et finit par s'assoir sur nous, doucement il fait sa place et doucement nous perdons la notre :). Avec son gros pull vaguement vert, son borsalino gris moule sur la tete, machonnant frenetiquement ses 400 feuilles de coca, coincees dans sa joue deformee, pretes a finir en bouillie -reellement verte celle-la- sur le visage du voisin, en l’occurence nous ! :s
Nous arrivons enfin a Chaunaca apres une descente en epingle a cheveux.
Nous escaladons nos compagnons de trajet pour sortir soulages sur le sentier qui nous menera, aides de nos pieds :), vers Maragua ce soir.
La marche est romantique au milieu des montagnes de la cordillere de los frailes, des champs jaunis d'avoir bien muri et des graminees douces et blanches...
A Maragua c’est la sortie des classes. Une petite eglise blanche decrepie, quelques maisons de briques de terre, une ecole et surement une unique classe pour tous les ages. Les enfants semblent etre les seules personnes a occuper ce village. A cette heure les parents sont aux champs et ce jusqu’a la tombee de la nuit. Et c’est la que notre aventure continue !
Une veritable chasse au tresor prend forme dans La rue du village pour trouver le proprietaire de l’unique hotel ! La premiere piste c’est Don Basilio. Puis son fils. A l’ecole, dans les champs, au café internet ou il n’y a pas d’internet et pas de fils. Les Basilio pere et et fils etant introuvables, c’est Roberta qui doit nous aider, mais a cette heure elle est encore avec sa faux a couper les bles. On finit par attendre sagement le retour des habitants…
Devant l’hotel inhabite, une fontaine. Les petites filles s’y pressent sur le chemin d’Irupampa pour boire ou remplir leur jerican en plastique. Nous rencontrons Xilona (nous l’appellerons ainsi par manque de memoire et parce que c’est un joli prenom bolivien), une jolie fillette de 12 ans. Elle porte ses longs cheveux noirs tresses, son visage est bruni par le soleil, ses petites joues sont roses, ses yeux plisses d’etre trop eblouis, elle a le regard triste d’avoir perdu ses parents trop jeune. Ses 3 grandes soeurs veillent sur elle pendant qu’elle, veille sur son petit frere de 8 ans.
La nuit tombe sur Maragua, Roberta ne vient toujours pas. La petite grand-mere voutee de la maison d’a cote finit par nous donner des cles qui n’ouvrent qu’une cuisine. Vers 19h30 c’est Don Adrian qui vient nous installer. Il nous apprend que Roberta est en fait Roberto et qu’il n’etait finalement pas aux champs mais a Sucre.
Apres notre diner patates/pates, c’est l’heure d’aller se coucher.
Le lendemain nous repartons le ventre lourd du diner de la veille et des beignets trop gras du petit dejeuner.
La brume se leve doucement, les graminees brillent sous le soleil du matin, donnant une douceur sensuelle au paysage vallonne. Les enfants repartent a l’ecole.
Notre chemin nous mene dans la vallee encaissee de Quila Quila. Les montagnes verdoyantes et ridees de strates sinueuses rappellent l’Asie et ses cultures en plateaux.
La terre rougit en entrant dans le village de Quila Quila. Une grande rue, de chaque cote des maisons. Sur la place du village c’est le jour de la reunion. Doit-on construire un pont et elargir la route ? Plus de commerce, facilite pour le travail et les deplacements, mais aussi plus de touristes et peut etre le risque de denaturer ce village et son evidente tranquilite.
Nous attendons le microbus qui nous ramenera a Sucre a la fin des discussions.
Tous les enfants du villages sont autour de nous et nous, autour d’un Uno. Le temps passe…
A 18h le petit transport se remplit et part sur des chemins du meme ordre qu’a l’aller. La capacite du bus a bien evidemment doublee. Francais, Boliviens et coca, chacun trouve sa place.
Traversee d’un cours d’eau a la limite de la flottaison, les phares s’eteignent… Notre “bouche de coca geante” –comme Regis a fini par qualifier le bus- poursuit sa route sans lumiere, a la seule lueur de la lune et d’une petite lampe torche… le trou noir qui nous suit nous menace a chaque instant.
Indemnes, le chauffeur nous descend tous dans la banlieue bien eclairee de Sucre en nous expliquant qu’a partir de maintenant il lui est interdit de rouler sans phare ! Nous finirons notre viree en taxi.
La morale de cette histoire… De nos jours, mieux vaut froler des precipices qu’un controle de police :)
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